Par Nathalie Vandystadt
Philippe Loward est le coordonnateur autrichien des programmes financés par Eureka, l’initiative intergouvernementale née en 1985 afin de booster la compétitivité de ses membres - 38 pays européens à ce jour - par l’innovation technologique. Otto Peperna dirige l’unité internationale pour les technologies et l’innovation, au sein du ministère autrichien de l’Economie et du Travail. Un programme-clé d’Eureka, ITEA 2, porte sur les technologies embarquées. Tout comme la future Initiative technologique conjointe, ARTEMIS, que l’UE devrait lancer début 2008. Rencontre le 19 octobre, à Berlin, second jour du symposium
d’ITEA 2, version 2007 (voir Europolitique n° 3396).
Otto Peperna et Philippe Loward
Quels sont les grands défis pour l’industrie européenne en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC) ?
Otto Peperna (OP) : Au cours des cinq dernières années, nous avons perdu plusieurs parties des grandes industries européennes, parties à l’Est. Maintenant, l’Europe a besoin de compensation. L’industrie du logiciel représente une force pour l’économie européenne. C’est pourquoi des actions doivent être entreprises en faveur des TIC. La production étant partie en Chine ou en Inde, nous essayons de conserver autant que possible les activités de recherche en Europe.
Quelle est la particularité d’Eureka ?
OP : Eureka est très orientée vers l’industrie, le marché dans ses activités de R&D. Elle est complémentaire au 7ème programme-cadre de R&D de l’UE. Elle
rassemble surtout des «clusters», comme ITEA 2, au succès important. A présent, nous faisons face à une nouvelle situation avec ARTEMIS. Nous avons besoin d’une vision très claire, très bien définie, afin que les candidats européens puissent soumettre leurs propositions soit à ARTEMIS, soit aux clusters européens.
Est-il pertinent d’avoir autant de projets en Europe qui se disputent les mêmes fonds nationaux ?
Philippe Loward (PL) : C’est justement pour cela que nous avons besoin d’une vision claire, bien définie. Nous devons éviter les doublons. Les deux programmes - ARTEMIS et ITEA 2 - sont complémentaires et nous devons tirer profit de cette complémentarité. La différence entre les deux programmes tient à l’agenda stratégique de recherche, mis au point par l’industrie. Il est bien défini. Bien sûr, nous traitons des mêmes sujets, mais les approches sont différentes. ITEA 2 doit prendre en compte la création d’ARTEMIS, mais ARTEMIS doit aussi s’adapter à l’existence d’ITEA 2. La raison est très simple : ARTEMIS travaille sur le long terme, et nous travaillons sur le court terme. Et comme nous avons les mêmes acteurs, ces derniers doivent être attentifs à ce
qui se fait et où.
Cherchez-vous à étendre vos actions au-delà des pays européens?
OP : Nous essayons bien sûr de coopérer avec les autres pays, mais Eureka repose sur un type particulier de procédures entre les tierces parties et les pays membres. Il n’y a donc pas de projets particuliers liés à la Chine ou à d’autres pays. Mais il est bien sûr possible d’avoir des projets qui impliquent ces pays.
ITEA 2 se plaint de problèmes de « synchronisation » entre les pays participants au moment du financement des projets...
OP : J’en suis conscient. Mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’argent national. Les Etats membres d’ITEA 2 sont très intéressés par la décision finale qui sera prise en faveur des projets. Toutefois, ce débat concerne surtout les initiatives technologiques conjointes au niveau de l’UE. La situation d’ITEA 2 est assez claire. Nous avons un programme. Nous avons une feuille de route. Nous allons avoir un troisième appel à propositions.
Quel message adressez-vous aux PME qui veulent participer à vos projets ?
PL : Elles doivent être actives, innovantes et audacieuses.
Eurostars (un fonds pour les PME européennes actives dans la recherche, proposé par la Commission européenne en commun avec Eureka, en septembre dernier) marque-t-il un tournant dans vos relations avec l’UE ?
PL : Eurostars est la première manifestation visible de coopération entre l’UE et Eureka, après une longue période de discours sans actions. On passe maintenant de la compétition à la collaboration.
Repère
ITEA 2 et ARTEMIS sont spécialisées dans les systèmes embarqués. Ces technologies invisibles jouent une fonction bien précise au sein d’une mécanique
plus large, celle de lui donner de « l’intelligence» (voir Europolitique n° 3201). Les prévisions tablent sur 16 milliards de systèmes embarqués d’ici à 2010, et
plus de 40 milliards d’ici à 2020, selon la Commission. Certains secteurs en dépendent : l’aérospatiale, l’automobile, la robotique, les télécommunications, les appareils électroniques grand public et l’équipement sanitaire et médical.